Nous n'avons fait qu'y
passer, laissant ses questions derrière nous. Georges
Heurtebize, lui, y est resté. Arrive sur la grande
île en 1957 pour y exercer son métier de
géologue, il se fixe en 1966 dans l'Androy. Parcourant alors
a pied la région, son matériel de campeur et des
provisions de riz sur le dos, le village d'Analamahery, d'allure plus
propre que les autres et situé au sein d'une belle
forêt, retient son choix. D'autant plus qu'il y est
très bien accueilli. Alors qu'il compte planter sa tente a
l'écart on nettoie une maison pour lui. Et Tokoembelo, celui
qui deviendra vite son ami, lui dit qu'il peut y rester plusieurs
jours, des mois s'il le souhaite. Parfois appelé en dehors
de l'Androy pour son travail ou pour rentrer en France, il y reviendra
toujours et s'y installera définitivement.
De son journal, dans
lequel il note tous les incidents de la vie quotidienne, le
présent livre rassemble des passages ayant trait a deux
circonstances majeures de la vie sociale, le mariage et la mort. Je
propose ici de présenter quelques aspects de la culture
Androy, telle qu'elle apparaît a la lecture de cet ouvrage.
difficultés
climatiques
Alors que la cote est,
même jusqu'a Fort Dauphin, connaît des pluies
abondantes et que la végétation y est luxuriante,
le pays Androy est aride. Il ne pleut que quelques mois dans
l'année, a l'occasion desquels les rivières se
gonflent, les cultures (mais, manioc) redeviennent possibles. Ensuite,
il faut faire des provisions, et parcourir plusieurs
kilomètres jusqu'au lit d'une rivière pour
trouver l'eau en profondeur, dans un trou creusé dans le
sable. Les troupeaux de boeufs sont emmenés plus au nord.
Lors de grandes sécheresses, quand il n'y a plus de quoi
nourrir le bétail, des articles de cactus sont
brûlés afin de les débarrasser de leurs
épines et les rendre comestibles.
mariages
- établissement des liens conjugaux et séparation
Le mariage doit
d'abord faire l'objet de demandes, du père du
garçon au père de la jeune fille, puis du gendre
a son futur beau-père. Demandes qu'accompagnent des dons
d'animaux, couramment des chèvres, chacun de ces dons
portant un nom particulier. La cérémonie du
mariage n'est en soi pas une grande affaire. Elle ne rassemble que la
famille proche et passe souvent inaperçue des autres
habitants du village. Les mariages se font et se défont
facilement, sans heurts. Ainsi, un homme peut renvoyer sa femme chez
ses parents sans qu'il y ait eut ni dispute ni manifestation
d'animosité. La femme renvoyée pourra ensuite se
remarier. Un homme peut en outre prendre plusieurs épouses.
le
rôle des animaux
Les animaux,
principalement poulets, chèvres et boeufs
(zébus), ont une place très importante dans la
société androy. Ils sont naturellement
élevés pour leur viande. Mais ils se retrouvent
également au sein de multiple échanges, entre
individus ou familles, et sacrifiés lors de
cérémonies diverses. Ainsi, un amant pris en
flagrant délit d'adultère devra-t-il donner un
boeuf au mari pour réparer sa faute. Dès lors la
faute sera oubliée et tout rentrera dans l'ordre. Les
cérémonies funéraires sont l'occasion
de grands rassemblements et de multiples échanges d'animaux.
Les personnes venant assister a un enterrement font en effet des dons
d'animaux a la famille proche du défunt en fonction de leur
lien de parenté. Les boeufs sacrifiés pour la
construction du tombeau, sur lequel les cornes seront
disposées, sont appeles fandofo et sont tabous pour les
membres de la famille proche. Ceux-ci ne pourront en consommer la
viande, a l'inverse des boeufs dit famaha, tués pour nourrir
l'assemblée. Des animaux peuvent encore être
sacrifiés a la suite d'une cérémonie
divinatoire, pour s'assurer de bonnes récoltes ou
éviter a la foudre de frapper maisons et animaux.
traits
de caractère des Androy
Les androy font montre
d'une certaine indifférence a l'égard des choses
et des gens, qui se manifestent dans leur répugnance a
livrer des noms propres. Ainsi, on parlera de quelqu'un en usant de
périphrases telles "la femme de", "le fils de", et on dira
venir "du nord", ou "de l'ouest de telle rivière". Source de
confusion, les personnes autant que les villages sont parfois
désignés sous plusieurs noms. On
désigne encore une localité par le jour ou s'y
tient le marché, ou le nom de la rivière voisine.
Le contact avec un étranger n'en est pas pour autant froid,
mais direct et chaleureux. Une autre source d'étonnement
pour l'occidental est l'atmosphère de joie qui
règne lors d'un enterrement. Seule la famille proche
manifeste une tristesse réelle, notamment les femmes qui se
doivent de faire entendre des lamentations rituelles. Pour la jeunesse
ces réunions sont des fêtes, et nul ne se cache
pour rire et plaisanter. L'auteur donne plusieurs explications
à ce comportement: "la conviction que la mort
n'entraîne pas une séparation absolue" du monde
des vivants, le défunt prenant place parmi les
ancêtres devient ainsi l'objet de leur sollicitude.
"L'acceptation, de ce qui étant dans l'ordre des choses, n'a
pas a être contesté". Encore: "le sentiment que
l'observance scrupuleuse des formes, détails rituels, suffit
a manifester pleinement l'adhésion au deuil".